|
Episode
n°1 : Un coup de fil intempestif :
"Ce matin je me réveillai avec une sensation étrange. C’était le
grand jour, le jour où j'allais retrouver Arno. Mais, ce n’était pas qu'un
sentiment de joie qui m'habitait, c’était un sentiment de crainte.
J'avais rendez vous à 10 h à l'hôtel de Paris et je me dépêchais d'être à
l'heure à mon rendez-vous pour ne pas le louper... Mais, en arrivant à l'hôtel
quelle ne fut pas ma surprise de voir qu'au lieu d'Arno un mot m'attendait :
"Arno ne viendra pas, rdv à la Porte St Cloud à 14 h et tu sauras où se
trouve Arno et ce qui lui est arrivé". Ainsi donc mon sentiment de crainte
était fondé, Arno avait bel et bien disparu....".
Les événements se précipitaient donc encore depuis ce fameux coup de téléphone
qui avait chamboulé ma petite vie de fan lambda.
C’était le jeudi 8. Trois mois auparavant donc. Comment pourrais-je
l’oublier ? Jeudi, ou plutôt vendredi, puisque c’est à deux heures du
matin que mon téléphone avait sonné. « Encore une erreur », avais-je pensé.
« Encore merci à France Télécom pour m’avoir fait hériter de l’ancien
numéro d’un groupe hôtelier. Bon, dès demain, il faut que je change cela »
!
Mais, ce n’était pas une erreur. Encore pris dans les vapeurs d’une nuit un
peu agitée, j’avais en effet eu la surprise d’entendre une voix féminine,
à la fois étrangement sereine et stressée, me dire : « Allo, bonjour, je
suis bien chez ‘Silk’ ? Je m’excuse de vous déranger. Je suis MP. Je vous appelle de la part d’Arno. Il aurait vraiment besoin que
vous puissiez l’aider ».
Silk ? MP ? Arno ? J’avoue que, sur le coup, je n’avais pas bien
compris de quoi il s’agissait. Certes, j’étais un des fans de la première
heure d’Arno : comment ne pouvait-on ne pas l’être, au reste ? Certes, cet
Arno avait une mère qui se prénommait MP. Certes, j’avais choisi
comme pseudonyme sur le forum de cet Arno ce nom de ‘silk’ pour désigner à
la fois ce que pouvait inspirer cet artiste qui n’était déjà pas qu’en
devenir - la ‘soie’, son côté brillant et doux, riche et chatoyant, tendre
et lumineux- et le combat qu’on avait dû mener pour lui à la manière de ces
avocats anglais qu’on surnomme des ‘silks’.
Mais, pourquoi diantre, la mère d’Arno pouvait-elle m’appeler une nuit,
comme cela, à deux heures du matin ? Moi, le fan de base, celui qui se contente
de suivre l’actualité de celui dont il a fait son idole, de découper les
articles de presse qui le concernent, de collectionner ses disques et
interviews, d’espérer, enfin, ne serait-ce que d’entrevoir son favori dans
un concert, voire de lui soutirer quelque autographe et quelques sourires
auxquels, Dieu merci, cet Arno, à l’inverse d’autres, se soumettait de si
bonne grâces? Du reste, j’étais sur liste rouge et je n’avais jamais donné
ma véritable identité sur le forum. Comment, donc, pouvait-elle avoir eu mes
coordonnées. Et, surtout, pourquoi m’appelait-elle, moi ?
Dans le brouillard d’un esprit encore embrumé, ces réflexions fusaient ainsi
dans ma tête… Tandis que la pauvre MP s’évertuait de l’autre côté
du téléphone à expliquer : ‘Vous savez bien ? Arno ? Le chanteur ? Vous êtes
membre de son fan club ? Vraiment, je suis désolée d’appeler si tard…»
S’en était suivie une scène épique où, reprenant enfin mes esprits,
j’avais cru enfin comprendre de quoi il retournait : ce ne pouvait être
qu’une mauvaise plaisanterie de quelque amie un peu moqueuse de ma soudaine
propension à épouser le destin d’un jeune artiste. Je partais dès lors dans
une forme d’interrogatoire serré durant lequel MP se voyait
enjoindre de décliner une à une les étapes du parcours d’Arno afin de
prouver qu’elle était bien ce qu’elle disait être. « Alors, quelle note
Arno a –t-il eu à son bac de Français à l’oral ? Comment s’appelle son
chien ? Quel est le pseudo de son grand-père ? Quelle est la première chanson
qu’il a chantée lors de son concert à Juan ? Que lui est-il arrivé avec son
frère à l’âge de trois-quatre ans et qui concerne sa nounou ?, … ». Les
questions défilaient. MP faisait preuve d’une patience qui
n’avait d’égal que celle dont son fils avait fait preuve tout au long
d’une défunte émission que je ne citerais pas.
Et, plus la conversation durait, plus je devais me rendre à l’évidence.
D’abord, j’en savais presque autant sur la vie d’Arno que sur ma propre
vie : la télé-réalité et la fanitude sont des choses effrayantes… Et,
ensuite, c’était bien la Maman ‘du’ ‘chanteur’ que j’avais au bout
du fil."
Episode
n°2 : De Arno à Arnaud...
Pourquoi s’était-elle adressée à moi ? Comment avait-elle trouvé mon nom,
puis mes coordonnées ? Ce n’est que progressivement que j’ai pu le
comprendre.
Il faut dire que l’histoire était compliquée. Arno n’était bien sûr plus
cet Arno que nous avait fait connaître la real-tv. Ou, pour mieux dire, lui était
toujours le même, toujours passionné, toujours disponible, toujours généreux.
Surtout, toujours talentueux. Multi-talentueux, même.
Mais, autour de lui, si l’on excepte son entourage proche –les inusables
Karine, Fred et Sabine- tout avait changé et pris des proportions qu’on avait
toujours souhaitées, sans jamais oser l’espérer. Petit à petit, par des
chemins de traverse qui s’étaient progressivement transformé en voie royale,
il avait imposé sa patte, son savoir-faire, son charisme. La réputation du
‘petit’ frenchie qu’on avait rapidement comparé à Robbie Williams pour
sa présence scénique, à Brad Pitt pour le reste, avait rapidement dépassé
les frontières de l’hexagone. Son fan-club était maintenant une petite
multinationale. Et celui qui venait d’être élu ‘homme le plus élégant de
l’année’ n’en était plus au stade où on se demande à qui il ressemble
: il était unique, tout le monde en était conscient.
Son épopée, avec ses petites anecdotes était du reste bien sûr connue de
chacun. On se rappelait la cour que les dirigeants de TF1 lui avaient fait
pendant plusieurs mois afin d’obtenir qu’il accepte d’honorer leurs
plateaux de sa présence. L’étonnant marché qu’Arno leur avait proposé :
rien pour lui-même, mais seulement l’assurance que TF1 accepterait enfin de
soutenir ces dizaines de jeunes artistes dont la chaîne s’était servi comme
des kleenex dans le cadre de ses émissions de télé-réalité. L’entreprise
un peu folle dans laquelle Arno s’était en retour engagé : mettre en place
en France une véritable ‘école du spectacle’ dans laquelle quelques
jeunes, choisis pour leurs qualités et leurs passions, bénéficieraient
d’une véritable formation pluri-disciplinaire en vue d’en faire des
artistes complets. Un peu à son image, quoi.
Mais, c’est l’envers de cette ‘légende’ –puisque c’est déjà ainsi
qu’on en parlait- que MP me raconta ce soir-là. Ce qu’Arno devait
à Arnaud et ce qu’Arnaud devait à Arno. Comment, tout jeune, le ‘petit’
Arnaud avait été repéré par quelques responsables des services secrets français.
Comment, impressionnés par ses qualités de mémoire, ses qualités d’acteur,
ses qualités physiques, son intelligence, ceux-ci avaient imaginé l’un des
plus grands projets de l’histoire de l’espionnage : accompagner Arnaud dans
son irrésistible ascension artistique tout en faisant de lui l’as des agents
secrets internationaux. Comment ce projet avait été un temps entravé par les
menées d’un ensemble d’agents au service de puissances étrangères :
l’opération ‘Alexia’ –c’était son nom de code’-, notamment menée
par ALJ, K et PL, trois des espions les plus pervers qu’ait portés cette
terre, avait eu pour objet de briser par tous les moyens possibles la
trajectoire naissante du jeune artiste, la personnalité même de celui-ci.
Comment cette opération avait lamentablement échoué : l’ampleur des
manipulations, le cynisme évident de ses promoteurs et, surtout, le talent
incontestable d’Arno avaient tôt fait de lui rapporter le soutien qu’on lui
espérait dès l’origine. Comment, surtout, le projet ‘Arno’ avait très
rapidement dépassé les espérances de ceux qui l’avaient imaginé :
l’artiste talentueux était devenu de son propre chef une star internationale
qui avait accès à tous les Grands du monde et pouvait ainsi mener, avec une
couverture sans pareil, les opérations spéciales les plus osées.
J’apprenais donc, médusé, qu’Arno, la star internationale la plus médiatisée
du moment, était aussi Arnaud, la star de l’espionnage international la plus
secrète et la plus efficace du moment. Deux casquettes pour une seule tête.
Pour un adepte des casquettes bien enfoncées, c’était presque logique !
Episode
n°3 : Un théâtre d'ombres :
"Tout au long de cette conversation, commençaient donc à s’éclairer un
ensemble de faits qui, sur le moment, m’avaient paru si étonnants. La
scandaleuse élimination d’Arno lors d’une émission maudite, bien sûr. Le
refus répété de la production de réintégrer le même Arno contre toute
logique économique. Mais, aussi et surtout, les formidables empoignades et
‘conspirations’ qui avaient pu surgir sur le site d’Arno encore en
gestation.
Que de querelles picrocholines qui, à l’époque, m’avaient autant agacé
qu’attristé et surpris : quels enjeux si immenses pouvaient expliquer la
virulence avec laquelle chacun tentait de s’approprier un petit espace de
pouvoir sur ce site ? Tout ceci devenait beaucoup plus clair à partir du moment
où on imaginait que, derrière chacun de ces pseudos, se nichait quelque intérêt
masqué : le Front de Libération de la Région Niçoise derrière Nico* ; le
Front de Lutte pour la Picardie Libre derrière le chevalier Féro ; le
Mouvement Républicain Monégasque derrière MissMonaco,….
MP me faisait ainsi la liste de toutes ces organisations qui avaient
tenté de se positionner à l’abri de pseudos apparemment au-dessus de tous
soupçons. Sagepetit n’était ni sage, ni petit ; Angpro plus pro qu’ange ;
Fidelaarno n’était pas fidèle au seul Arno ; Petitefraisou savait bien
ramener sa fraise ; les Leys ne fondaient pas dans la bouche.. Au reste, je me disais qu’en y réfléchissant un peu,
j’aurais pu me douter de tout ceci bien plus tôt : comment ne pas démasquer
quelque agent secret derrière des pseudos comme ML2, lolote66 ou Anouchka? Sans même parler du diabolique Fidelou qui, avec son air
de ne pas y toucher, surpassait de beaucoup le héros de Usual suspect…
Oui, tout ceci devenait maintenant très clair. Moi, Silk, simple fan bien naïf,
m’était fait prendre dans un jeu qui me dépassait de beaucoup, un véritable
théâtre d’ombres dans lequel nul n’était vraiment ce qu’il prétendait
être. Warren n’avait jamais seulement apprécié Dalida ; Patrick58 se
fichait de Guétary comme de l’an quarante ; Fender n’avait jamais seulement
touché une guitare ; ML2 n’avait jamais mis les pieds dans les îles ; Nanar
n’était pas le grand-père d’Arno, lequel détestait les chiens, le R’n B
et Starmania… et n’usait pas seulement des treillis lors de ses prestations
en concert. Enfin, le véritable Fred était petit, blond, vivait en Californie
et était une bille en informatique… Il fallait tout reprendre à zéro.
Et, c’était justement là que j’intervenais.
Episode
n°4 : Fan avant 'tout'
En effet, si j’en croyais MP (mais, quel était au juste le statut
de celle-ci dans cette histoire ?… Quand un monde commence à s’effondrer,
tout devient sujet au doute), les services de la DST avaient mené pendant
plusieurs mois une enquête sur les 2000 premiers inscrits du forum officiel
d’Arno. De cette enquête, ils avaient conclu que j’étais l’un des rares
dont ils pouvaient conclure à 99% que je n’étais pas à la solde d’une
puissance ou d’une organisation étrangères quelconque. « Encore une preuve
supplémentaire des défaillances de nos services secrets, me disais-je au
passage : Ils ne connaissaient donc pas l’existence du CDSR… ».
Et, MP de continuer en m’expliquant que ce travail avait un objectif
précis : une opération spéciale que devait assurer Arno sur Paris et qui
exigeait qu’il puisse compter sur un fan crédible et au-dessus de tous soupçon.
Ils avaient un temps hésité à utiliser l’un des leurs, déjà membres du
forum, mais l’agente kifkif, un temps proposée pour cette tâche, était déjà
prise sur une autre opération au nom évocateur ‘ça sent le cuir’. Quant
à Jean-Luc, son état-civil belge pouvait devenir un obstacle à la bonne menée
du projet. Ils s’étaient donc finalement rallié à cette solution, tout en
me faisant part en longueur de l’ensemble des moyens de pression dont ils
disposaient en cas de refus ou de divulgation. Si j’en savais beaucoup sur la
vie d’Arno, ils en savaient apparemment beaucoup plus long encore sur ma
propre vie. Il y a donc pire que la téléréalité et la fanitude : les
services spéciaux.
Ce en quoi consisterait exactement l’opération, MP ne m’en dit
rien le jour même. Tout ce que je savais, c’est donc que, trois mois plus
tard exactement, je devais retrouver Arno à 10h00 à l’hôtel de Paris. Mon rôle
serait alors précisé, mais, en gros, il s’agissait de ‘jouer le fan’, ce
qui ne me semblait pas la tâche la plus compliquée pour moi. Pour le reste, je
fus renseigné par un courrier ultérieur qui, mystérieusement posté depuis
Monaco (un timbre de plus pour ma collection… même si le prince Albert n’a
vraiment pas choisi la bonne personne. Couple trop dépareillé. Tant pis…),
me demandait de venir muni du parfait attirail du fan ‘moyen’ –photos,
stylo, appareil photo,…-, mais aussi de prévoir une tenue plutôt élégante
: polo, blazer, chaussures de ville,… et, bien sûr, casquette !...
Tout ceci était de plus en plus étrange, et je vous laisse imaginer l’état
dans lequel MP me laissa vers 4h00 du matin ce jeudi 8 qui allait
rester gravé en lettres d’or et de sang dans ma mémoire… D’un côté, je
trépignais de joie à l’idée d’enfin rencontrer ‘réellement’ Arno.
De, peut-être, ne pas en rester à ces instants fugaces où le fan et son
favori se croisent sans réellement avoir le temps d’échanger plus qu’un
sourire ou un mot… Moments éphémères, un peu frustrants, même si certains
sourires et certains mots peuvent emplir une âme pendant de longues semaines.
En en sortant, on se sent tout à la fois si pleins et si vides, si rassasiés
et si affamés, si enthousiastes et si frustrés. Là, peut-être, enfin, l’échange
pourrait être un peu plus long, un peu plus profond, un peu plus terrestre.
Mais, d’un autre côté, justement, j’étais plein d’appréhension. Appréhension
parce que ces rencontres plus personnelles peuvent aussi être l’occasion de déception
: parce qu’on n’est pas la hauteur, parce que le terrestre fait mauvais ménage
avec le céleste, parce que ce qu’on admire c’est finalement d’abord un
artiste sur une scène plutôt qu’un homme dans un hôtel. Appréhension,
aussi et surtout, du fait du caractère très particulier de cette rencontre.
Qu’allais-je faire dans cette galère ? J’étais bien sûr prêt à tout
faire pour rencontrer Arno. Mais, quand on ne sait plus ce qui peut se cacher
derrière ce ‘tout’, ‘tout’ devient plus compliqué.
Entre joie et crainte, entre espoir et appréhension, tels étaient donc les
sentiments qui m’habitaient quand je me dirigeais vers ledit hôtel : l’un
des neuf ‘hôtel de Paris’ de la ville de Paris. Ils sont fous, ces
Parisiens ou, en tout cas, ils manquent d’imagination. Quoi qu’il ne soit,
on comprend mieux pourquoi le mot qui m’annonçait l’absence d’Arno, tout
en me surprenant,… ne me surprit pas vraiment… Cela faisait trois mois que
je me savais entré dans une quatrième dimension…
Episode n°5 : A en
faire pleurer un Kamel
La Porte de Saint-Cloud ? Drôle d’endroit pour une rencontre ! Un no man’s
land peuplé par les voitures, les bus et le bruit. A droite, une église étrange.
Devant, le boulevard périphérique. Au centre, un monument innommable, dans
tous les sens du terme. Tout ceci entre le Parc des princes et le stade Pierre
de Coubertin. A deux pas de Roland Garros. Une porte, au sens fort. Il y a
quelque chose avant, il y a quelque chose après. Mais, la porte, elle-même…
Le genre d’endroit où tu ne retrouves pas la personne avec laquelle tu as
rendez-vous… lorsque tu as rendez-vous. Or, là, je ne savais pas même ce que
je devais trouver, ni où sur cette maudite porte.
Mais, que ne ferait-on pas pour Arno ? Je me rendais donc aussitôt sur le lieu
du rendez-vous. En avant donc pour le métro, en espérant qu’il ne s’agira
pas de mon dernier. Ligne 6 direction Charles de Gaulle, puis la 9, la ligne
verte. Comme celle qui séparait Beyrouth Ouest de Beyrouth Est pendant la
guerre. Je divaguais. Il fallait pourtant que je parvienne à me calmer. Parce
que je ne savais pas du tout sur quoi j’allais tomber là-bas. Et moi de
maudire une nouvelle fois la maudite directrice qui, par ses manigances, avait
attiré mon attention sur Arno. Et moi de bénir une nouvelle fois la maudite
directrice qui, par ses manigances, avait attiré mon attention sur Arno.
Etonnant tout de même de voir combien les gens sont peu sensibles dans un métro.
Alors que j’étais dans un état d’excitation et d’inquiétude maximum,
tous les autres passagers semblaient vivre normalement. Comme inconscients que
c’était peut-être le sort d’Arno qui se jouait alors. Comme inconscients
de l’impossible mission qui était la mienne… J’arrivais enfin…
Au sortir du métro, je me postai sur la terrasse d’une des cafés de la
place. 4h00 à attendre et à observer. Mais, attendre quoi et observer quoi ?
Si seulement j’avais eu ne serait-ce qu’un indice, un code par exemple pour
repérer la personne (je supposais qu’il y aurait une personne) que je devais
retrouver : « Elle est comment la blanquette de veau ? Bonne ». Je rêvais
presque de jouer l’OSS117 qui distribue autour de lui des photos dédicacées
d’Arno (avec l’adresse du site, bien sûr) comme offrande à tous ceux que
je rencontrerais. Mais, je n’étais même pas cela. Un simple fan égaré dans
un monde dont je ne connaissais aucune des règles.
Comme, alors que 14h approchait, je n’avais toujours rien vu, je commençai
à faire le tour de la place. Rien devant l’Eglise. Rien dans les stations de
bus. Rien sur les carrefours. Je commençais à désespérer quand je discernai
sur le terre-plein central, assis sur un banc, l’air absorbé, une silhouette
qui ne m’était pas inconnue. Non, ce n’était pas Arno. Mais, cette
silhouette à la Aldo Maccione, sans la démarche qui va avec, elle me rappelait
certaines des photos groupées de fans qu’Arno accordait à ceux qui s’étaient
déplacés pour le voir en concert, quand c’était encore possible, quand ils
n’étaient pas encore trop nombreux, lorsque ses pas l’appelaient qui à
Outreau, qui au Blanc, qui à Guéret. Souvenirs de ces folles équipées,
lorsqu’il fallait aller à Arno faute qu’Arno puisse venir à nous. Occasion
de découvrir moult lieux improbables qui ne déparaillaient guère avec cette
Porte de Saint Cloud. Je m’approchai donc de cette silhouette familière qui
surprenait un peu dans le paysage par son accoutrement : polo, blazer,
chaussures de ville… et casquette !
« Bonjour, je m’excuse de vous déranger. Vous n’auriez pas rendez-vous par
hasard ? ». « Ben, si », me répondit l’homme, un peu gêné. « Mais, je
ne sais pas bien avec qui et pour quoi… ». Et celui-ci de continuer en
m’expliquant qu’il était lui aussi un fan de la première heure d’Arno,
qu’il s’appelait Guy, Fidelaarno sur le forum –je l’avais donc bien
reconnu !-, qu’il était venu le matin même depuis Dunkerque avec sa
‘titit’ –c’est ainsi qu’il appelait sa nouvelle voiture-, suite à une
sollicitation un peu rocambolesque. Trois mois plus tôt, il avait en effet été
contacté en pleine nuit par JL, le père d’Arno, qui lui avait raconté
une affaire assez hallucinante concernant Arno, Arnaud, son destin, ce qu’il
était vraiment,… Il n’avait pas vraiment tout compris, si ce n’est qu’Arno
attendait de lui qu’il l’aide. Et, aussitôt, fidèle parmi les fidèles, il
avait obtempéré. Il s’était donc pointé de bon matin dans un hôtel
parisien appelé bêtement, l’’Hôtel de Paris’ –pour lui, c’était
celui du 19ème !- où on lui avait remis un petit mot. Il me le montrait. Il y
était bien sûr écrit : "Arno ne viendra pas, rdv à la Porte St Cloud à
14 h et tu sauras où se trouve Arno et ce qui lui est arrivé".
L’affaire prenait tout à coup une autre tournure. Tournure que ne faisaient
que confirmer les apparitions qui progressivement se succédaient. Nous étions
en effet progressivement rejoints par une nuée de fans de la première heure,
les uns et les unes en polo, blazer, chaussures de ville : Cgui, Cricri, Chaty,
Dudule, Arno-je t’aime-je t’adore-je te kiffe-my love-and so on, Fero, jb,
Nico*, Anouchka, Warren, Cedryc et Cedric, Muriel, Fadoudou, Amande, Sebastien, Titit (pas
la voiture), Mariano, Jean-Yves,
Lolote, Jean-Luc, Ditch, Frank, Toto, Zorglub, Patrick, Pierre, Bibabia,
Plaidoyer, Sergio, Maxime, Narno, Cyril, Soleil, Madeline, Jennyfer, Alexandra, Hélène, Mélody,
Clara, Kifkif, Sweet, Dagmara, Anais, Caro, Cyril, Hazel, Dorelice, Yanasa,
Sagepetit, Petite-Fraisou, Fender, j’en passe et des meilleurs. Sans oublier bien sûr quelques glorieux revenants comme
Anouchka, Angpro, Arnolebeau, Jackyma, Marie-Do ou Mich-Nat. Tous et toutes dotés… de
leur casquette et de tout l’attirail parfait du fan moyen.
Chacun, bien sûr, se présentait en hésitant, dévoilait son identité, ce
coup de fil nocturne venu de nulle part, l’histoire abracadabrante qui
l’avait attiré jusque là –tiens, selon les récits, Fred était
successivement blond, châtain, roux ou brun, et vivait en Australie, en
Nouvelle Calédonie, en Hongrie, en Bulgarie, aux Pays-Bas, voire au Sri Lanka,
mais, jamais, il ne touchait sa bille en informatique-, son trajet jusqu’à
Paris –ceux qui habitaient le plus loin avaient reçu qui le billet d’avion,
qui le billet de train nécessaires pour être là-, sa visite matinale dans un
hôtel parisien et, bien sûr, le petit message très inquiétant qui lui avait
été alors remis.
L’ambiance s’échauffait progressivement. La porte de Saint-Cloud devenait
progressivement un tchat vivant. Un tchat comme on les aimait, dans lequel ne
transpiraient que les bons souvenirs, le bonheur d’être là et l’attente
impatiente de ce qu’on pressentait inéluctable. Un bon millier de personnes réunies
sur ce petit espace qui, tout à coup, me semblait beaucoup moins hostile et déshumanisé.
Indirectement, Arno y avait, là aussi, comme sur de multiples « petites » scènes
à ses débuts, mis une âme. Les voitures n’étaient plus des voitures, mais
le vrombissement de la foule. L’Eglise était un temple. Le monument central
un écrin. Et, dans tout ceci, ne manquait plus grand chose. La liste était en
effet rapidement établie : Fred, Sabine, la famille d’Arno… et ‘la’
star, au sens fort !
Et, c’est celle-ci qu’on finit par apercevoir. Il avait gardé cette
silhouette qu’on remarquait à milles lieux. Cette élégance et cette
souplesse dans la démarche. Un grand Prince en fait, quel que soit
l’acception qu’on donne à ce terme… Il avait aussi gardé cette casquette
enfoncée dont il usait à ses débuts pour passer inaperçu dans le métro.
Arno, donc. Tel qu’en lui-même. Qui nous faisait signe et nous demandait de
le suivre. La situation était proprement surréaliste. Derrière lui, on voyait
l’ensemble de sa famille. Ainsi que Fred et Sabine. Tiens, le mari de Sabine
était là aussi : il avait donc été converti ! Comme beaucoup !
Et nous de prendre donc le pas d’Arno. A la fois excités et un peu timides.
La direction que nous prenions ne faisait pour moi aucune doute. Et, c’est en
effet dans le Parc des Princes qu’on nous fit entrer pour ce qui allait être
le plus grand concert de la décennie. Un moment magique, dans une atmosphère
elle-même magique : 50.000 personnes venues fêter avec Arno son anniversaire
lors d’un méga-concert. Et nous, comme invités d’honneur au milieu de
cette foule. Apprenant que, depuis plusieurs mois déjà, avait été mise en
place une rubrique spéciale sur le forum d’Arno à laquelle aucun de nous ne
pouvait avoir accès. Tout ceci à l’initiative d’Arno et de sa famille.
Pour marquer le coup. Pour le plaisir. Et quel plaisir, quelle émotion!
Raconter ce concert, raconter l’after, raconter cette nuit-là, le Parc à
nous, serait inutile. Chacun en aura gardé une empreinte si forte que l’écrit
ne saurait seulement approcher. Il est des sentiments que les mots ne peuvent
exprimer. Peut-être les gestes… Juan s’en souvient encore…
Je me limiterai donc à une image : c’était Kamel Ouali. Eh oui, lui aussi.
Présent avec nous. Je me rappelais encore cette interview, deux ans plus tôt,
où il avait raconté ce qu’il appelait le ‘remords de sa vie’. Il était
là. Il regardait. Ses yeux brillaient. Il souriait. Et il pleurait ! Ce soir là,
définitivement, il était pardonné !
|